25 novembre 17ᵉ siècle

Ana de Jesús

Compagne de sainte Thérèse d'Ávila, Ana de Jesús (1545-1621) propagea la réforme du Carmel déchaussé en France et en Belgique, où elle mourut en odeur de sainteté.

Lecture guidée

5 sections de lecture

Vie 01 / 05

Biographie

Jeunesse d'Ana de Lobera y Torres, son entrée au Carmel et sa collaboration étroite avec sainte Thérèse d'Ávila.

Ana de Lobera y Torres naît le 25 novembre 1545 à Medina del Campo, en Espagne. Issue d'une famille de la petite noblesse, elle perd son père peu après sa naissance, puis sa mère à l'âge de neuf ans. Elle est alors élevée par sa grand-mère paternelle. Sourde et muette durant ses sept premières années, elle recouvre soudainement l'usage de l'ouïe et de la parole, prononçant comme premiers mots « Ave Maria ». À l'âge de dix ans, elle fait un vœu privé de chasteté, s'opposant ainsi très tôt aux projets de mariage que sa famille envisage pour elle.

En 1570, elle entre au monastère Saint-Joseph d'Ávila, fondé par sainte Thérèse d'Ávila. La grande réformatrice du Carmel discerne immédiatement ses vertus exceptionnelles et l'accueille chaleureusement. Envoyée au noviciat de Salamanque en 1571, Ana y prononce ses vœux religieux le 22 octobre de la même année sous le nom d'Ana de Jesús (Anne de Jésus).

En 1575, elle accompagne sainte Thérèse pour la fondation du Carmel de Beas, dont elle devient la première prieure. C'est là qu'elle rencontre saint Jean de la Croix, qui devient son directeur spirituel et lui dédie son célèbre commentaire du Cantique spirituel. Elle fonde ensuite le Carmel de Grenade en 1582, puis celui de Madrid en 1586. Après la mort de sainte Thérèse, elle s'oppose fermement aux modifications constitutionnelles voulues par le vicaire général Nicolas Doria. Pour préserver l'héritage thérésien, elle en appelle directement au pape Sixte V, qui confirme les constitutions d'origine le 5 juin 1590. Cette démarche courageuse lui vaut d'être temporairement privée de communion et isolée par ses supérieurs au sein de sa communauté.

Mission 02 / 05

Vie et oeuvre

La préservation de l'œuvre de sainte Thérèse d'Ávila et l'expansion de la réforme du Carmel en France et en Belgique.

Après la mort de sainte Thérèse d'Ávila en 1582, Anne de Jésus se donne pour mission de préserver et de diffuser l'œuvre de la sainte. Elle rassemble ses écrits dispersés et collabore activement avec l'écrivain Fray Luis de León pour réaliser la première édition imprimée des œuvres de Thérèse d'Ávila.

Son œuvre majeure réside dans l'expansion européenne de la réforme du Carmel déchaussé. En 1604, elle est choisie pour diriger un groupe de carmélites espagnoles envoyées en France. Soutenue par Pierre de Bérulle, Barbe Acarie (future bienheureuse Marie de l'Incarnation) et saint François de Sales, elle fonde le premier Carmel réformé de France à Paris (faubourg Saint-Jacques) le 18 octobre 1604. Elle en devient la prieure, puis poursuit l'élan fondateur en établissant les Carmels de Pontoise (15 janvier 1605) et de Dijon (21 septembre 1605).

En 1607, à l'invitation de l'infante Isabelle-Claire-Eugénie (souveraine des Pays-Bas espagnols) et de l'archiduc Albert, elle se rend à Bruxelles pour y introduire la réforme. Elle y fonde le Carmel de Bruxelles le 22 janvier 1607, dont elle reste la prieure jusqu'à sa mort. Elle fonde également les monastères de Louvain (4 novembre 1607) et de Mons (7 février 1608), et encourage les fondations d'Anvers (1619) et de Cracovie (1612). Par ces fondations, elle implante solidement le charisme thérésien en Europe du Nord.

other 03 / 05

Cheminement vers la sainteté

La réputation de sainteté d'Anne de Jésus, sa longue maladie et la reconnaissance de ses vertus héroïques et d'un miracle.

La réputation de sainteté d'Anne de Jésus est immédiate dès son vivant, marquée par sa profonde vie mystique et sa fidélité héroïque à la règle. Atteinte d'une maladie dégénérative, elle passe les sept dernières années de sa vie complètement paralysée, supportant ses souffrances avec une patience admirable. Elle s'éteint le 4 mars 1621 à Bruxelles.

Son procès en béatification s'ouvre dès 1621 à Bruxelles, puis un procès ordinaire est formellement lancé en 1630. Cependant, en raison de vicissitudes historiques et de suspensions répétées, la cause met près de quatre siècles à aboutir. Le pape François promulgue le décret reconnaissant ses vertus héroïques le 28 novembre 2019, la déclarant vénérable.

Le 14 décembre 2023, le pape François signe le décret reconnaissant l'authenticité d'un miracle historique attribué à son intercession. Ce miracle s'est produit le 4 mars 1621, quelques heures seulement après la mort d'Anne de Jésus à Bruxelles. Sœur Jeanne du Saint-Esprit (Juana del Espíritu Santo), une jeune carmélite de la communauté de Bruxelles, était complètement paralysée des jambes et alitée depuis la fin de l'année 1619 à la suite d'une grave maladie commencée en 1613. Considérée comme incurable par les médecins, elle demanda à être transportée auprès de la dépouille d'Anne de Jésus. En tentant de se redresser pour embrasser le corps inanimé de la fondatrice, elle fut instantanément et totalement guérie de sa paralysie, retrouvant immédiatement l'usage de ses jambes et reprenant ses activités quotidiennes.

Culte 04 / 05

Béatification et canonisation

La béatification d'Anne de Jésus par le pape François à Bruxelles en 2024 et sa mémoire liturgique.

La cérémonie de béatification d'Anne de Jésus est célébrée le 29 septembre 2024 par le pape François en personne. Cet événement exceptionnel se déroule au Stade Roi Baudouin à Bruxelles, lors du voyage apostolique du Saint-Père au Luxembourg et en Belgique. Devant une assemblée de près de 40 000 fidèles, le pape François présente la nouvelle bienheureuse comme un modèle de sainteté, de force évangélique et de fidélité au charisme thérésien dans les moments d'épreuve.

Sa fête liturgique est fixée au 25 novembre (jour de sa naissance et de son baptême), particulièrement célébrée au sein de l'Ordre des Carmes déchaux, ainsi qu'au 4 mars (jour de sa naissance au ciel).

Postérité 05 / 05

Spiritualité et héritage

La spiritualité christocentrique d'Anne de Jésus, son rôle de cofondatrice du Carmel en Europe du Nord et son influence sur sainte Thérèse de Lisieux.

La spiritualité d'Anne de Jésus est profondément christocentrique, caractérisée par un amour immense pour l'humanité du Christ et une dévotion fervente à l'Eucharistie. Formée directement par sainte Thérèse d'Ávila et saint Jean de la Croix, elle incarne la fidélité absolue à l'esprit originel de la réforme du Carmel. Bien qu'elle n'ait pas rédigé de traités spirituels formels, sa correspondance abondante révèle une âme d'une grande profondeur mystique, un sens aigu du discernement et une acceptation joyeuse de la souffrance unie à la Passion du Christ.

Son héritage est immense : elle est considérée comme la cofondatrice ou la "mère" du Carmel réformé en France et en Belgique. Sans son courage et sa ténacité, les écrits de sainte Thérèse d'Ávila n'auraient peut-être pas été préservés et publiés avec autant de fidélité.

Son influence spirituelle traverse les siècles et touche d'autres grandes figures de la sainteté. Sainte Thérèse de Lisieux raconte notamment dans Histoire d'une âme avoir été profondément marquée par un songe mystique dans lequel la vénérable Anne de Jésus lui apparaissait pour la caresser et lui annoncer la tendresse de Dieu, renforçant ainsi le lien spirituel entre les différentes générations du Carmel.

Source officielle Notice rédigée par Sancteo d'après des sources contemporaines vérifiées (sources officielles de l'Église et références hagiographiques).

Annexes & entités liées

Données structurées pour l'exploration : événements, miracles, citations, lieux, attributs, patronages et entités importantes citées dans le texte.