Aloiz Kashuba
Aloiz (Serafin) Kaszuba (1910-1977) est un prêtre capucin polonais qui exerça un ministère clandestin héroïque en Ukraine et au Kazakhstan sous le régime soviétique. Surnommé le 'Vagabond de Dieu', il a été déclaré vénérable par le pape François en 2017.
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Biographie
Jeunesse, formation et ordination d'Alojzy Kazimierz Kaszuba, devenu le père Séraphin.
Né sous le nom d'Alojzy Kazimierz Kaszuba le 17 juin 1910 à Zamarstynów, un faubourg de Lviv (alors en Autriche-Hongrie, aujourd'hui en Ukraine), il grandit au sein d'une famille profondément catholique. Ses parents, Karol Kaszuba, ouvrier, et Anna Horak, mère au foyer, sont tous deux membres du Tiers-Ordre franciscain. Il est le plus jeune d'une fratrie de quatre enfants. Après avoir effectué ses premières études auprès des pères capucins qui gèrent sa paroisse locale et obtenu son diplôme de fin d'études secondaires au Vème Gymnase de Lviv en 1928, il décide d'entrer dans l'Ordre des Frères Mineurs Capucins. Il commence son noviciat à Sędziszów Małopolski et reçoit le nom de religion de Serafin (Séraphin). Il prononce ses premiers vœux le 10 septembre 1929, puis ses vœux solennels le 9 septembre 1932. Il est ordonné prêtre le 11 mars 1933 à Cracovie par l'évêque auxiliaire Mgr Stanisław Rospond. Parallèlement à sa formation théologique, ses supérieurs l'envoient étudier la philologie polonaise à l'Université Jagellonne de Cracovie, d'où il sort diplômé en juin 1939. Avant le déclenchement de la guerre, il enseigne également au petit séminaire capucin de Rozwadów et collabore à la revue Wzlot Seraficki.
Vie et œuvre
L'apostolat clandestin et héroïque du père Séraphin en Ukraine et au Kazakhstan sous le régime soviétique.
Le 1er septembre 1939, alors que la Seconde Guerre mondiale éclate, le père Serafin se trouve à Lviv pour assister sa mère malade, qui décède le 4 avril 1940. Après l'invasion soviétique puis allemande, il obtient l'autorisation de ses supérieurs de se rendre en Volhynie et en Podolie pour y exercer son ministère auprès des populations polonaises privées de prêtres. Durant cette période troublée, il échappe miraculeusement à plusieurs embuscades tendues par les nationalistes ukrainiens de l'UPA. En 1945, lors des transferts massifs de populations polonaises vers l'ouest consécutifs aux accords de Yalta, le père Serafin prend la décision héroïque de rester sur place pour soutenir spirituellement ceux qui refusent de quitter leur terre natale. Il s'enregistre légalement comme curé de la paroisse de Rivne (Równe) dans le diocèse de Loutsk (Łuck). Cependant, le régime soviétique durcit sa politique antireligieuse. Le 11 avril 1958, les autorités lui retirent ses droits sacerdotaux et ferment plusieurs églises de la région. Refusant de cesser son apostolat, il choisit la clandestinité et devient un missionnaire itinérant. Sans domicile fixe, voyageant avec une simple petite valise contenant ses objets liturgiques, il parcourt l'Ukraine, la Biélorussie, la Lituanie, l'Estonie et se rend même à Léningrad. Les fidèles le surnomment affectueusement le « Vagabond de Dieu » (Włóczęga Boży). En 1963, il se rend au Kazakhstan, où des dizaines de milliers de Polonais ont été déportés de force dans les steppes. Pour dissimuler ses activités pastorales secrètes, il travaille officiellement comme assistant relieur. Arrêté par le KGB le 6 mars 1966 pour « vagabondage », il est condamné à cinq ans d'exil à Arykty, puis transféré à Arszatyńsk où il travaille dans une boulangerie. En décembre de la même année, il est condamné à onze ans d'internement dans un établissement pour malades incurables à Mała Timofijewka. Il parvient à s'en évader deux mois plus tard pour reprendre son ministère clandestin. Rongé par une grave tuberculose et une surdité croissante, sa santé décline fortement. En 1968, il est autorisé à se rendre en Pologne pour y subir une opération pulmonaire à Wrocław. Dès juin 1970, à peine rétabli, il retourne au Kazakhstan pour poursuivre ses visites pastorales clandestines, poussant ses voyages jusqu'à Tachkent en Ouzbékistan.
Cheminement vers la sainteté
Les derniers jours du père Séraphin, sa mort discrète à Lviv et la vénération de ses reliques.
En été 1977, gravement malade, il revient en Ukraine. Le 19 septembre 1977, alors qu'il rentre à Lviv après un voyage à Rivne, le bus dans lequel il voyage tombe en panne. Il doit parcourir à pied plusieurs kilomètres sous une pluie glaciale. Accueilli par une famille catholique à Lviv, il s'éteint discrètement durant la nuit du 20 septembre 1977. Il est retrouvé sans vie, assis à sa table de travail, la tête appuyée sur son bréviaire. Ses obsèques sont célébrées le 22 septembre 1977 au cimetière Janowski de Lviv. Malgré les restrictions imposées par les autorités soviétiques pour éviter un rassemblement de masse, plus de 300 fidèles et 12 prêtres assistent à son enterrement. Sa tombe devient rapidement un lieu de dévotion populaire. Le 16 novembre 2010, dans le cadre de son procès de béatification, ses restes mortels sont exhumés du cimetière Janowski. Le lendemain, ils sont transférés solennellement dans l'église des Capucins de Vinnytsia (Vinnica), en Ukraine, où ils reposent désormais dans une chapelle latérale et font l'objet d'une grande vénération.
Béatification et canonisation
Le procès de béatification du père Séraphin Kaszuba et la reconnaissance de ses vertus héroïques par le pape François.
La cause de béatification et de canonisation du père Serafin Kaszuba débute officiellement le 2 décembre 1991 à Cracovie, après le transfert de compétence du forum de Lviv (accordé le 18 octobre 1991). L'enquête diocésaine est clôturée le 22 décembre 2001 par le cardinal Franciszek Macharski. La validité juridique de l'enquête diocésaine est reconnue par la Congrégation pour les Causes des Saints le 24 octobre 2007, et la Positio présentant l'héroïcité de ses vertus est publiée en 2011. Le 9 octobre 2017, le pape François autorise la promulgation du décret reconnaissant l'héroïcité de ses vertus théologales et cardinales, lui conférant ainsi le titre de Vénérable. Le postulateur de la cause est le père Carlo Calloni, OFM Cap.
Spiritualité et héritage
L'idéal franciscain de pauvreté et le dévouement pastoral du père Séraphin, pilier de l'Église du Silence.
La spiritualité du père Aloiz (Serafin) Kaszuba est profondément ancrée dans l'idéal de pauvreté et de simplicité de saint François d'Assise. Il a vécu dans un dépouillement matériel absolu, ne possédant rien d'autre que son habit religieux et son bréviaire. Sa confiance absolue en la Providence divine lui permettait d'affronter sereinement la faim, le froid, la maladie et les persécutions policières. Son ministère était centré sur l'amour de l'Eucharistie et le service pastoral direct. Il célébrait la messe dans des conditions extrêmes (sur des tables de fortune, dans des forêts ou des ruines) et passait de longues heures à confesser et à catéchiser les enfants des déportés. Son attitude bienveillante et sa patience lui ont valu le respect non seulement des catholiques, mais aussi des chrétiens orthodoxes. Son héritage demeure vivant en Ukraine et au Kazakhstan, où il est considéré comme l'un des grands piliers de l'« Église du Silence » sous le joug soviétique. L'inscription gravée sur sa tombe résume parfaitement sa vie : « Je me suis fait tout à tous » (1 Co 9, 22).
Annexes & entités liées
Données structurées pour l'exploration : événements, miracles, citations, lieux, attributs, patronages et entités importantes citées dans le texte.
Événements marquants
- Époque / mort : 1910-1977
- Décret de vénérabilité par François