9 avril 18ᵉ siècle

Marguerite Rutan

Fille de la Charité et martyre de la Révolution française, Marguerite Rutan a consacré sa vie aux pauvres et aux malades avant d'être guillotinée à Dax en 1794.

Lecture guidée

5 sections de lecture

Vie 01 / 05

Biographie

Jeunesse et vocation de Marguerite Rutan à Metz.

Marguerite Rutan naît le 23 avril 1736 à Metz, au sein d'une famille nombreuse de quinze à dix-sept enfants selon les sources. Son père, Charles-Gaspard Rutan, est tailleur de pierre, architecte et entrepreneur, tandis que sa mère, Marie Forat, veille sur le foyer et transmet à ses enfants une solide éducation chrétienne. Dès son adolescence, Marguerite ressent un appel profond à consacrer sa vie à Dieu et au service des plus démunis. Cependant, elle doit attendre d'avoir 21 ans pour que son père accepte son départ. Elle commence alors son postulat à l'hôpital Saint-Nicolas de Metz avant de rejoindre la Maison Mère des Filles de la Charité à Paris en 1757 pour y accomplir son noviciat.

Mission 02 / 05

Vie et œuvre

Ministère auprès des malades et direction de l'hôpital de Dax.

Après sa formation spirituelle et pratique selon le charisme de saint Vincent de Paul et de sainte Louise de Marillac, sœur Marguerite Rutan est envoyée dans plusieurs hôpitaux de France. Elle exerce son ministère auprès des malades et des pauvres à Pau, Brest, Fontainebleau, Troyes et dans d'autres localités, acquérant une solide expérience de gestion hospitalière et de soins infirmiers. En août 1779, à l'âge de 43 ans, elle est nommée supérieure de l'hôpital Saint-Eutrope de Dax, un établissement en pleine restructuration sous l'impulsion de l'évêque local. Sœur Marguerite s'y révèle une véritable pionnière de l'action sociale. Sous sa direction, la communauté des Filles de la Charité ne se contente pas de soigner les malades : elle ouvre une école pour garçons et filles, met en place un foyer pour accueillir les jeunes filles abandonnées et organise la distribution de nourriture et d'aumônes aux familles nécessiteuses. Son dévouement et ses compétences lui attirent l'estime et l'affection de la population dacquoise.

Martyre 03 / 05

Cheminement vers la sainteté

Arrestation, condamnation et martyre sous la Terreur.

Lorsque la Révolution française éclate, le climat politique devient rapidement hostile aux congrégations religieuses. Malgré la suppression des ordres religieux, les Filles de la Charité de Dax choisissent de rester au service des malades sous le nom de « dames de la Charité ». En octobre 1793, les autorités exigent qu'elles prêtent le serment constitutionnel. Fidèles à l'Église et à leur foi, sœur Marguerite et ses compagnes refusent catégoriquement de jurer. En raison de l'immense utilité de leurs services, les autorités n'osent pas les expulser immédiatement. Cependant, la Terreur s'installe à Dax. À la fin de l'année 1793, sœur Marguerite est dénoncée et accusée d'« incivisme ». On lui reproche notamment d'avoir cherché à corrompre l'esprit républicain et révolutionnaire des soldats blessés soignés à l'hôpital. Elle est arrêtée le 24 décembre 1793 (veille de Noël) et incarcérée dans la maison de réclusion locale. Durant sa détention, elle subit plusieurs interrogatoires et est maintenue à l'isolement, tout en conservant une dignité et une paix intérieure remarquables. Le 9 avril 1794 (20 germinal an II), le tribunal révolutionnaire la condamne à mort. Elle est conduite à l'échafaud le jour même, liée dos à dos sur la charrette avec un prêtre réfractaire, l'abbé Jean-Eutrope Lannelongue (curé de Gaube). Durant le trajet vers le lieu d'exécution, sœur Marguerite entonne courageusement le chant du Magnificat. Après avoir assisté avec sérénité au martyre du prêtre, elle est guillotinée à son tour, offrant sa vie en pardonnant de tout cœur à ses bourreaux.

Culte 04 / 05

Béatification et canonisation

Reconnaissance du martyre et béatification en 2011.

Le procès en vue de la reconnaissance de son martyre s'ouvre au niveau diocésain en 1907, dans le diocèse d'Aire et Dax. En 1917, la cause est officiellement introduite auprès du Saint-Siège sous le pontificat du pape Benoît XV, lui conférant le titre de Servante de Dieu. Après une longue période de stagnation due à des difficultés historiques, la cause est relancée au début du XXIe siècle. Le 1er juillet 2010, le pape Benoît XVI autorise la promulgation du décret reconnaissant le martyre de sœur Marguerite Rutan, tuée « en haine de la foi » (in odium fidei). S'agissant d'un martyre, aucun miracle n'a été requis pour sa béatification. La cérémonie solennelle de béatification est célébrée le 19 juin 2011 dans les arènes de Dax. Elle est présidée par le cardinal Angelo Amato, préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints, représentant personnel du pape Benoît XVI, en présence de l'évêque d'Aire et Dax, Mgr Philippe Breton, et de milliers de fidèles.

Postérité 05 / 05

Spiritualité et héritage

Héritage spirituel vincentien et mémoire liturgique.

La spiritualité de la bienheureuse Marguerite Rutan est profondément ancrée dans le charisme vincentien : voir et servir le Christ à travers la personne des pauvres et des malades. Son martyre n'est pas un acte isolé, mais le couronnement d'une vie entière donnée par amour. Elle a su allier une immense compétence professionnelle et organisationnelle à une charité sans bornes, se faisant la protectrice des enfants abandonnés, des mères célibataires et des exclus. Aujourd'hui, elle est vénérée comme un modèle de courage face à la persécution et de fidélité à la conscience chrétienne. Sa mémoire liturgique individuelle est fixée au 9 avril, jour de sa naissance au Ciel. Dans la Famille Vincentienne, elle est également célébrée le 26 juin, en association avec les autres Filles de la Charité martyres de la Révolution française (les Martyres d'Arras).

Source officielle Notice rédigée par Sancteo d'après des sources contemporaines vérifiées (sources officielles de l'Église et références hagiographiques).

Annexes & entités liées

Données structurées pour l'exploration : événements, miracles, citations, lieux, attributs, patronages et entités importantes citées dans le texte.

Événements marquants

  1. Époque / mort : 1794
  2. Béatification en 2011 par Benoît XVI